Histoires de banksters

Une bankster milliardaire sur le point de devenir la prochaine secrétaire au commerce.

Article original publié sur le site de Truth Out le 12 février 2013

Auteur : Greg Palast

Traduction :  Pogo (un « petit nouveau » qui a en outre déniché cet excellent article !) Touchatout et SuperNo

Penny Pritzker

Illustration de l’article original par Ted Rall

Il y a eu cette semaine une kyrielle de sujets dans les médias annonçant que Penny Pritzker serait le premier choix d’Obama pour le poste de secrétaire au commerce. Les banquiers criminels n’auront même plus besoin de faire du lobbying – ils auront l’une des leurs au gouvernement.

On n’avait jamais entendu parler de ce type, Barack Obama, avant 2004. Moins de trois ans avant de devenir président, il était au Sénat de l’Illinois, un marécage d’arnaqueurs, de faux-culs, de rouages du parti (démocrate) – pas la meilleure rampe de lancement pour la Maison Blanche. Et puis un jour le sénateur Barack Obama a reçu la visite de sa bonne fée. Elle s’appelle Penny Pritzker.

Penny’s tombée du ciel ? (ndT : jeu de mot sur « pennies from heaven », centimes tombés du ciel, qui désigne la pluie pour les fermiers.)

Forbes évalue la fortune de Pritzker à 1,8 milliard de dollars, ce qui constitue une sacrée baguette magique en politique. Sa baguette aurait été plus longue et sa fortune plus grande si en 2001, le gouvernement ne lui avait pas collé une amende de 460 millions de dollars pour les pratiques et les manigances de tromperie, prédation et racisme menées par Superior, la banque de requins qu’elle dirigeait dans le sud de Chicago. Superior a été la première banque dérégulée et décomplexée à tomber, à l’époque la plus grosse faillite de l’histoire. Les contribuables américains ont perdu presque un demi-milliard de dollars. Les déposants de Superior ont perdu des millions. De pauvres gens du district sud de Chicago dont Obama était le sénateur ont perdu leur maison.

Penny n’a pas aimé payer 460 millions. Pas du tout. Il lui fallait quelqu’un qui lui redonne de l’ »Espoir » et du « Changement » (ndT : Hope and Change, un des slogans d’Obama en 2008) . Elle « espérait » que quelqu’un « changerait » les régulateurs des banques afin de pouvoir s’affranchir de toutes ces conneries.

Pritzker a présenté Obama, le sénateur d’état néophyte, aux Dames qui Déjeunent (c’est vraiment comme ça qu’elles se font appeler) sur la Gold Coast de Chicago. Obama y a trouvé de quoi déjeuner, de l’or et encore mieux, une présentation à Robert Rubin. Rubin est un ancien secrétaire au commerce, ancien PDG de Goldman Sachs et, au moment de leur rencontre, Co-PDG de Citibank. Même les athées voyaient en Rubin la divinité suprême de Wall Street.

Rubin a ouvert à Obama les portes de la salle des coffres de la finance. Chose inédite pour un démocrate, en 2008 Obama a reçu trois fois plus d’argent des banquiers que son adversaire républicain.

Rubin avait couvert Obama d’or, quelle était la contrepartie ? Obama a accepté de bien s’occuper de ses caniches, Larry Summers et Tim Geithner. Ils ont été choisis pour le premier gouvernement d’Obama, Summers comme tsar de l’économie et Geithner comme sa tsarine : secrétaire au trésor.

Geithner et Summers sont ces messieurs qui, du temps du secrétaire au trésor Rubin, ont conçu la dérégulation du système bancaire. En fait ils ont décriminalisé cette sorte d’escroquerie financière qui a mis la planète à genoux tout en plongeant Rubin, Pritzker et les banksters dans le lucre.

Donc, en 2008, Summers et Geitner ont été remis en selle – le cheval d’Obama mais la selle de Rubin.

Rubin a reçu plus de 100 millions de dollars de Citigroup. La gargantuesque banque de commerce / banque d’investissement / casino qui est le fruit de la dérégulation. Il faut noter que les cent millions de Rubin n’ont été nullement contestés par le nouveau propriétaire de Citi, le Trésor américain, qui a fourni plus d’un milliard de prêts pour sauver de la banqueroute la créature de Rubin.

Rubin rockait mais Penny pestait.

Penny avait pris ce sénateur d’état / organisateur d’associations locales, en avait fait un sénateur des Etats-Unis. et avait levé la somme hallucinante de trois-quarts de milliards de dollars pour en faire un président.

Comme récompense, Obama voulait faire de sa fée Penny la secrétaire au commerce. Mais en Novembre 2008, alors qu’Obama s’apprêtait à la nommer, un groupe de victimes de Pritzker a marché sur Washington. Ce n’étaient pas des employés de sa banque en faillite mais des employés en colère de la lucrative chaîne de maisons de retraite que sa famille détient via une série complexe de trusts offshore. Obama lui a vite claqué la porte au nez.

Pendant la campagne de 2012, à son crédit, Obama a gardé cette porte fermée, cantonnant Penny dans un rôle de collectrice de fonds dans la Gold Coast (Chicago). Elle a d’ailleurs dû les facturer au nom d’un PAC (ndT : Political Action Commitee – moyen légal pour une entreprise ou riche particulier de financer un candidat) de Goldman Sachs. C’est sans doute la première fois que quelqu’un se servait de Goldman Sachs comme couverture médiatique.

La famille Pritzker a principalement gagné ses milliards avec les hôtels et maisons de retraite Hyatt. Penny, au conseil d’administration est un apôtre virulent de l’anti-syndicalisme. UNITE HERE, le syndicat des ouvriers de Hyatt, a demandé un boycott de la chaîne. En 2012, UNITE HERE et son grand frère, l’AFL-CIO, ont été déterminants pour la victoire d’Obama dans l’Ohio, le Michigan et le Wisconsin. Durant cette dernière campagne, Obama a donc dû garder son héritière milliardaire sous cellophane.

Mais maintenant, une fois les voix des syndicats comptées et leur argent empoché, Obama peut faire un gros doigt d’honneur aux travailleurs et déposer dans l’assiette de Penny le poste du commerce.

Le New York Times a dit « Au commerce, Mme Pritzker donnera au président de nouveaux moyens de tendre la main au milieu des affaires ». la dernière fois que Pritzker a tendu la main au milieu des affaires, c’était pour lui vendre des obligations à base de subprimes, des sacs de matière fécale financière sans valeur fabriqués par Superior Bank.

Si Penny la cochonne de banquière obtient le commerce, il faudra abaisser la note d’Obama à subprime.

2 thoughts on “Une bankster milliardaire sur le point de devenir la prochaine secrétaire au commerce.

  1. miha

    Là où cette « dame » a fait fort, c’est de choisir un champion avec un handicap qui s’est transformé en atout : la couleur de sa peau.

    On ne le répétera jamais assez : élections, piège à c-ns !
    Les puissants décident qui sera élu et les électeurs, n’y voyant que du feu, s’imaginent que ce sont eux qui choisissent.

    La démocratie ne se résume pas au droit de vote.
    Ce droit ne fait d’ailleurs même pas partie des premières conditions d’une « réelle » démocratie qui sont :
    - information libre, indépendante, exhaustive, (merci pour ces articles)
    - instruction, éducation, formation
    - temps libre suffisant pour remplir son rôle de citoyen.

    Le droit de vote ne vient qu’ensuite.

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